Lucie BAYENS : « Couverts »

Lucie BAYENS : « Couverts »

Artiste : Lucie Bayens
Date de réalisation : 2011
Technique : Bois d’hiver de chevreuils, fourrure de vison, couverts, pomme de pin, dentelle, galon, plaque de contreplaqué enluminée
Format : 50 x 50 cm

DÉCOUVRIR L’ŒUVRE : « Couverts »

Comme le dit Lucie Bayens elle-même : « J’ai remplacé les manches de couverts de table par des bois de chevreuil d’hiver, c’est-à-dire recouverts de poils, glanés dans la forêt. Il est ici question du rapport que nous nourrissons avec le partage des repas et du lien rompu que nous nourrissons également, avec la proie. Il s’agit d’un instinct pour le moins altéré ou déplacé, la survie. J’invite à une expérience sensuelle. Non sans ironie, à l’image de l’artiste-vidéaste Christian Jankowski, qui en 1992 tirait à l’arc avec un jouet sur ses courses dans un supermarché dans The Hunt.
Il est ou plutôt, était commun de se servir de bois de chevreuil ou de cerf comme manche de couverts à salade, tire-bouchon et autres ustensiles de cuisine dans les campagnes françaises. Les pattes des animaux chassés se transformaient souvent en porte manteaux. Des trophées qui occu­pent non seulement un statut honorifique mais aussi utilitaire par inventivité, manque de place, de moyen ou par goût. Quoiqu’il en soit l’on n’a pas transgressé le tabou du poil dans ou près de la bouche. Celui-là même qui renvoi à notre animalité, tribalité, en un mot à nos ancêtres. En effet, dans les cuisines vernaculaires, on utilisait les bois d’été, ceux qui sont lisses, imberbes, presque neutres, si l’on peut dire mais indéniablement sensuels.
Une ode à l’archétype des chasseurs-cueilleurs, chers aux coeurs des errants actuels du petit matin, fusil et chiens au poing en Gascogne ou ailleurs. Pourtant « La meute est à la fois réalité animale, et réalité du devenir-animal de l’homme ; la contagion est à la fois peuplement animal et propagation du peuplement animal de l’homme » Extrait de Mille Plateaux, Capitalisme et schi­zophrénie de Gilles Deleuze et Félix Guattari. Nature et culture n’étant plus systématiquement opposées mais plus volontiers, associées, il y a dans cette pièce des agencements qui ouvrent plu­sieurs pistes de lectures. D’ailleurs comme le dit très justement Claude Lévi-Strauss : « Chaque histoire s’accompagne d’un nombre indéterminé d’anti-histoires dont chacune est complémentaire des autres ».
Quant à la plaque fine d’aggloméré qui sert de support, elle est percée de petits trous dispo­sés tous les deux centimètres formant ainsi un quadrillage à la manière des plaques recouvrant les murs des ateliers de bricoleurs, qui servent à disposer les outils car c’est bien de cela qu’il s’agit : ces Couverts sont outils, travestis, mais outils tout de même. Ils ont d’ailleurs servi à un déjeuner-performance, il y a quelques années. Les bords de cette plaque sont enluminés de pigment or-oran­gé comme une édition de livre ancien. A l’heure de la disparition annoncée du livre papier en tant que support, les Couverts accrochés à leur socle faussement usuel raconte un voyage immobile.

CONNAÎTRE L’ARTISTE

Lucie Bayens vit et travaille en Gironde.

Son travail est protéiforme teinté d’anthropologie, parfois d’anticipation. Par les glissements sémantiques, la relativité du grand et du petit, l’esthétique rupestre et l’humour, elle cherche à ouvrir nos perceptions. Il y a une certaine ambiguïté à son travail nourri d’histoire de l’art contemporaine et parfois de cinéma et de littérature.
Étudiante à l’école des Beaux-Arts de Bordeaux puis enseignante d’arts plastiques à Libourne, tout en développant son langage plastique autour du vivant. Elle travaille sur la notion de territoire, elle s’interroge sur les résidus, la mise en scène et le retour à la nature. Elle joue des archétypes et des codes en se servant du corps et des curiosités ordinaires.
De 2010 à 2012, elle est résidente et membre du comité de direction artistique de l’espace29 à Bordeaux. En 2011, elle travaille avec les plasticiens William Acin et Pauline Abbadie pour le CNRS et Cap Sciences. De cette collaboration, né un pastiche de roman-photo intitulé Émulsionne moi. Elle participe à l’action CPPAC du Conseil Général de la Gironde et réalise une exposition personnelle avec le peintre Franck Garcia. En 2012, elle réalise une installation in situ Sous la tente,le showroom du peintre et écrivain Christophe Massé à Bordeaux, intitulée La trouée et une installation in situ à la galerie Arteko à Saint Sébastien, intitulée Madeleine à bosse. En août 2012, elle participe à la septième édition du Symposium International d’Intégration en Milieu Naturel dans la forêt de Silly en Belgique.

Site Internet : http://www.luciebayens.com